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Pensions : un contrat, ça doit être respecté! -Louise Imbeault

Pensions : un contrat, ça doit être respecté!

L’Étoile 2013-05-01 - Louise Imbeault

Il est beaucoup question ces jours-ci de la révision prochaine des régimes de pensions des retraités de la province. Généralement, le degré de sympathie à l’endroit des anciens fonctionnaires visés est peu élevé. Il me semble même avoir senti une pointe d’ironie dans les commentaires entendus, comme si les fonctionnaires n’avaient pas vraiment gagné leur salaire ni les bénéfices qui s’y rattachaient. Serions-nous plus compréhensifs si l’on précisait que de très nombreux retraités de notre province sont en fait des enseignants et enseignantes, ceux-là mêmes qui ont assuré la formation de ceux et elles qui sont au pouvoir aujourd’hui et qui menacent de les priver d’un revenu honnêtement acquis?

Et, si on ajoute à cette liste les infirmières et le personnel des hôpitaux, est-ce que l’on trouverait encore que l’on a raison de vouloir priver toutes ces personnes d’une partie du revenu sur lequel ils et elles ont pris leur décision de partir à la retraite? Je sais, la durée de la retraite a augmenté avec la longévité. Cela, les actuaires grassement payés pour évaluer la solvabilité des fonds de pension le savaient depuis longtemps. Ce qu’ils ne pouvaient pas prévoir, c’était la crise économique causée en grande partie par l’appétit de profits des grands investisseurs. Est-ce aux retraités de faire seuls les frais du ralentissement de l’économie? Pourtant, personne ne songe à aller réclamer les sommes rondelettes payées aux actionnaires pendant les années de rendements boursiers exceptionnels. C’est normal de ne pas y penser, puisque c’est irrécupérable, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de moyen facile de récupérer ces sommes. Est-ce une raison valable pour viser les retraités qui ont fait confiance au système durant leurs années de travail?

Que dire aussi des retraités qui ont accepté de quitter leur emploi avant l’âge «normal» de la retraite parce que l’employeur public (gouvernement, conseil scolaire ou hôpitaux) cherchait à réduire le nombre de postes ou parce que l’on souhaitait faire de la place à de plus jeunes personnes tout en leur payant un salaire moins élevé que celui de leurs aînés? Ces retraités ont fait confiance et ont cédé leur place. Ils et elles savaient qu’ils auraient un revenu moindre que pendant leurs années de travail, mais étaient prêts à s’en accommoder parce que leurs revenus de pensions leur étaient connus et garantis. On ose aujourd’hui leur reprocher d’avoir une trop longue retraite?

Je soutiens que de vouloir modifier après coup le régime est une injustice profonde, un bris majeur du contrat social qui nous lie les uns aux autres dans une société démocratique. Toutes les personnes visées par la réforme ont accepté, dans leur jeunesse, d’échanger leur savoir et leur savoir-faire contre une rémunération versée d’une part en salaire (ou chèque de paie) et d’autre part en bénéfices futurs. La société, qu’il s’agisse du gouvernement lui-même, des conseils scolaires ou des hôpitaux, reconnaissait la valeur des services rendus, mais, en accord avec ses employés et employées, différait une partie du revenu en bénéfices futurs. Autrement dit, on reportait à plus tard le paiement total des services obtenus. De prétendre aujourd’hui que ces sommes ne sont pas des dettes envers les retraités, ou que l’on peut modifier le régime sans leur accord est un mensonge, un bien triste mensonge.

Ces ententes de rémunération étaient généralement consignées dans des conventions collectives, dans le cas des employés et employées syndiqués ou dans les contrats d’embauche pour les autres. Il y avait donc un contrat formel, ou, à tout le moins, un contrat social entre l’employeur et l’employé. Comment peut-on dire, sans rougir, aux personnes retraitées qu’elles n’ont plus droit au revenu gagné pendant leur vie active?

Si un gouvernement, surtout un gouvernement légitime, démocratiquement élu, ne respecte pas les engagements pris, s’il n’honore pas ses dettes, pourquoi les citoyens et citoyennes continueraient-ils de voter et de payer leurs impôts? On se plaint de la désaffection des gens, en particulier des jeunes, pour la chose publique. Pas étonnant quand on considère le peu de cas que les pouvoirs publics font de leurs engagements envers une grande partie de la population, et dans ce cas précis, de ses propres retraités.

Je le sais, notre province est lourdement endettée et doit trouver comment stopper la croissance des dépenses, les réduire et, en plus, rembourser ses emprunts. Devoir difficile et périlleux, mais elle a plusieurs moyens pour y parvenir. D’autres l’ont dit avant moi : on peut taxer davantage la consommation, surtout les biens de luxe; on peut aussi imposer une «surtaxe» sur le revenu des particuliers si celui-ci dépasse un certain seuil. Ainsi, les retraités de la province qui reçoivent un petit revenu ne seront pas pénalisés par la réforme. Ceux qui bénéficient d’une pension élevée ou qui ont entamé une deuxième carrière lucrative contribueront davantage au trésor public, comme tous ceux et celles qui ont un revenu élevé, mais sans rompre le contrat social. Pour protéger ce contrat, un gouvernement peut aussi utiliser ce qu’on qualifie de clause grand-père, c’est-à-dire maintenir le régime de pension tel qu’il a été négocié il y a 10, 15 ou 25 ans et en préparer un nouveau pour les futurs retraités.

Comme la majorité d’entre nous, une bonne partie de mon revenu s’envole en impôts et taxes de toutes sortes. Même quand la somme me semble élevée, je me console en me disant que mes enfants ont eu de bonnes enseignantes et de bons enseignants, que les soins dispensés à mon hôpital régional sont de grande qualité et que, dans l’ensemble, je vis agréablement et en sécurité dans cette province. Je paie donc sans trop me plaindre. Mais si j’apprenais que tous ceux et celles qui ont rendu cela possible ne reçoivent plus le salaire différé qui leur est dû, alors comment pourrais-je faire confiance que mes impôts sont bien gérés et sont utilisés pour le bien de l’ensemble des citoyens et citoyennes?

Un gouvernement, quel qu’il soit et quelle qu’en soit la couleur, doit tout faire pour mériter et garder la confiance des citoyens et maintenir le contrat social qui assure sa légitimité.

Louise Imbeault a été directrice de Radio-Canada Acadie jusqu’en juin 2011. Elle est vice-présidente du C.A. du Musée du Nouveau-Brunswick, vice-présidente du Regroupement féministe du N.-B. et présidente de la Fondation Sheila Hugh McKay pour les arts visuels. Elle peut être jointe à l’adresse suivante : This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.